Commence alors pour Jeanne ce que nous pouvons appeler
sa Passion. Il y a plus d'un point commun entre la vie de Notre-Seigneur
et celle de sa servante : la vie " cachée " de Nazareth et de Domremy.
La vie publique de courte durée, la trahison contre écus sonnants,
le procès inique, la mort. De même que la Passion du Christ est
le moment central de son existence terrestre, de même celle de Jeanne
sera l'accomplissement de toute sa vie, l'expression sublime de
sa sainteté. Ce sont d'ailleurs les minutes du procès qui nous permettent
de connaître vraiment sa personnalité.
La voilà aux mains du duc de Bourgogne, plus exactement
de son vassal Jean de Luxembourg. Il la vendra aux Anglais pour
dix mille livres tournois, le prix d'un roi !
Pour les Anglais, il s'agit de montrer que Jeanne,
étant une hérétique, ne peut-être une envoyée de Dieu, que Charles
VII a été conduit sur le trône de France par une sorcière et qu'il
n'est donc pas le légitime roi de France. La couronne doit alors
revenir au roi d'Angleterre, le jeune Henri VI.
C'est l'évêque Cauchon, vendu aux anglais lui aussi-mais
d'une autre manière- qui se charge d'organiser son procès. Celui-ci
sera illégal du début à la fin, puisqu'il n'y avait même pas les
éléments nécessaires à son ouverture.
Enfermée en prison anglaise contrairement à la loi,
elle souffrira le harcèlement, les moqueries, les mauvais traitements
de ces geôliers. Jamais elle n'aura d'avocat. Son appel au Pape,
qui aurait du provoquer immédiatement la suspension du procès, ne
fut pas respecté…
De ce procès naîtra ce que R.Brasillach appelle
'le plus émouvant et le plus pur chef-d'œuvre de la langue française.'
Les dialogues nous montrent une sainte. Pleine de bon sens, d'humour
aussi. Sachant répondre avec courage et habileté. Confondant ses
juges par sa foi et la pureté de son cœur. Nous la voyons aussi
souffrante et troublée, déstabilisée même jusqu'à l'abjuration dans
des circonstances mal connues. (Dieu savait bien que sans cela nous
l'aurions prise pour un ange.)
Vient enfin la délivrance promise par ses voix.
Mais elle vient sous la forme d'une condamnation au bûcher.
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